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From: csp59 comitédessanspapiers59 <csp_59@...>
Subject: Réflexion Bilan de la grève de la faim de 2003 du CSP59
Newsgroups: gmane.politics.activism.zpajol
Date: 2003-10-28 10:59:29 GMT (5 years, 35 weeks, 6 days, 2 hours and 51 minutes ago)
Comité des Sans Papiers 59 ( CSP59), 42 rue Bernos, 59800, Lille Fives, tél 
: 06.80.57.50.61 – fax : 03.20.56.13.37. – e-mail : csp_59@...

                     Réflexion Bilan de la grève de la faim de 2003 du CSP59

La grève de la faim de mai-juin-juillet 2003 s'est terminée le 14 juillet 
après 57 jours d'un combat qui a nécessité une extrême tension des énergies, 
un courage à toute épreuve, une grande unité et une grande ingéniosité du 
mouvement des sans papiers et de ses partenaires. Cette lutte, en ouvrant 
une brèche dans le dispositif répressif de Sarkozy, a confirmé une nouvelle 
fois que seule la lutte paye. L'échec des multiples tentatives de liquider 
le CSP59 inscrit à nouveau le mouvement dans la durée. Il convient d'en 
faire un bilan. Ce bilan d'étape est d'autant plus important que la nouvelle 
loi Sarkozy aggrave encore l'arbitraire et la destruction des droits de 
l'immigration en général et des sans-papiers plus particulièrement. Elle 
tente également d'isoler les sans-papiers en instituant un délit aggravé de 
solidarité. Le présent bilan se veut donc une contribution à la 
redynamisation d'un mouvement national de sans-papiers, plus que jamais 
nécessaire.

1) Le contexte de notre lutte :

Notre grève de la faim s'est déroulée dans un contexte précis, nous 
obligeant à certains choix, nous fournissant des alliances plus fortes que 
lors des grèves de la faim antérieures, nous confrontant à de nouvelles 
tactiques criminogènes de la préfecture et de Sarkozy. Globalement, nous 
pouvons considérer que les grévistes de la faim et le CSP59 ont su déjouer 
les pièges de la préfecture et utiliser au maximum les opportunités du 
contexte. Rappelons rapidement les éléments essentiels de ce contexte.

a) Un CSP59 à abattre

Le CSP59 a pris une part importante depuis 1996 dans le mouvement national 
des sans-papiers. L'importance quantitative et qualitative de ses luttes, 
l'ont conduit à arracher un nombre de régularisation plus important 
qu'ailleurs. En parallèle notre comité a toujours défendu la ligne de " 
l'autonomie " sans sectarisme des sans papiers. C'est-à-dire savoir combiner 
à la fois le pouvoir décisionnel indépendant des structures du CSP59 
(assemblée générale, bureau et commission juridique) et le partenariat avec 
les organisations démocratiques. C'est ce qui, à notre sens, a permis 
d'éviter des comportements de freinage (conscients ou inconscients), en 
particulier pendant les périodes où la gauche était au pouvoir ou lors de 
notre affrontement avec Martine Aubry à propos de notre expulsion de nos 
locaux du CHR d'abord, puis dans notre combat pour l'obtention d'un nouveau 
local. Nous avons également été de ceux qui ont toujours maintenu le cap sur 
le mot d'ordre central du mouvement : régularisation globale de tous les 
sans-papiers. Plusieurs de nos analyses et interventions aux débats ont 
contribué à éviter la réduction de notre revendication au niveau national 
(en transformant par exemple la revendication en " régularisation de ceux 
qui en en fait la demande "). Nous avons, enfin, été parmi les principaux 
partisans et acteurs de la construction d'une coordination nationale, seul 
moyen de construire un rapport de forces à la hauteur de l'enjeu.

Ces positions nous ont amené à être taxés d'une multitude de vocables visant 
à nous isoler : " radicaux, extrémistes, gauchistes, dirigés par un gourou, 
jusqu'au-boutistes, etc. ". La fermeté de nos positions, l'unité entre les 
sans papiers et la direction, l'intense travail de débats et de réflexions 
au sein de notre comité, l'attachement à l'autonomie et aux décisions des 
assemblées générales, mais aussi la conduite ferme et souple des relations 
avec nos partenaires, nous ont permis jusqu'ici d'invalider ces stratégies 
d'isolement, de division et de destruction du comité. C'est compte tenu de 
ces particularités de notre comité que Sarkozy nomme un nouveau préfet (M. 
Richet) avec un mandat précis : faire disparaître le CSP59. Dés son arrivée, 
le nouveau préfet met en œuvre une stratégie visant d'abord à miner la 
représentativité du comité et ensuite à le marginaliser. Il commence ainsi 
par multiplier les interlocuteurs en instrumentalisant des associations 
jusqu'alors entièrement absentes du combat des sans-papiers. Il réduit, 
ensuite, le nombre de dossiers que le CSP soumettait mensuellement aux 
services de la préfecture en vertu d'un accord passé avec les préfets 
précédents (M. Orhel et Pautrat). Il fixe de fait des " quotas de 
régularisations " réparties par associations dans les rencontres mensuelles 
" défavorables " au CSP59 dans l'espoir de diviser le front avec nos 
partenaires.

L'objectif de ces maoeuvres était de semer un " vent de panique "  au sein 
des sans papiers, de les inciter à des comportements individualistes et 
clientélistes et à les pousser vers des associations " plus sages " censées 
avoir plus d'ouvertures à la préfecture, bref de couper le CSP59 de sa base 
de masse. Parallèlement, le nouveau préfet abat une répression sur le CSP59. 
C'est le cas le 23 janvier 03 du gazage et du matraquage des sans papiers et 
soutiens par des policiers de la BAC à la fin de la manifestation 
traditionnelle du mercredi. Des convocations de sans papiers à la PAF se 
multiplient, avec à la clef des arrestations et décisions d'expulsion. Il en 
est de même des descentes de la PAF dans les foyers d'hébergement et la 
multiplication des contrôles au faciès. Cette répression est le prolongement 
au niveau local de la surenchère répressive des charters fortement 
médiatisés de Sarkozy, lesquels parfois ont conduit à mort d'hommes.

b) Un contexte politique de régression en matière d'immigration

Le second élément de contexte incontournable pour comprendre notre grève de 
la faim et son issue, est la politique gouvernementale en matière 
d'immigration. Comme les gouvernements précédents, celui-ci ne vise pas 
l'expulsion massive des sans-papiers. Tout simplement parce que cela est 
impossible. Une telle logique serait antiéconomique (des branches entières 
de l'économie dépendent partiellement des surprofits que permet l'emploi de 
sans-papiers). Elle obligerait à une massification de pratiques scandaleuses 
qui susciteraient, à plus ou moins long terme, des réactions dans les pays 
d'origines dont la France a plus que jamais besoin. Besoin aujourd'hui accru 
par la mondialisation et la concurrence euro américaine qu'elle exacerbe. 
L'objectif des gouvernements antérieurs (et également de celui-ci) est plus 
cynique : renvoyer les sans papiers dans la clandestinité et détruire la 
visibilité sociale que la lutte a arrachée. L'économie souterraine est en 
effet une des variables nécessaire au même titre que le chômage à la quête 
du profit maximum. L'esclavage du travail dissimulé permet la précarisation 
des travailleurs dans leur ensemble et la liquidation des acquis sociaux de 
la génération antérieure du monde du travail.

Ces aspects communs avec les gouvernements antérieurs ne doivent cependant 
pas cacher les aspects spécifiques de celui-ci. En particulier, plus que 
tous les autres, ce gouvernement construit son avenir politique par une 
stratégie de conquêtes des voix de l'extrême droite. Pour ce faire, il a 
besoin de mises en scènes, de mascarades, de " casser des tabous " et de le 
montrer, etc. C'est ce qui conduit au retour revendiqué des " charters " , 
aux films à sensations comme celui mis en scène contre les " moudjahidins 
Iraniens " ou contre " José Bové ". C'est également ce qui explique la mise 
en débat de la loi la plus réactionnaire depuis Vichy, concernant 
l'immigration. Soulignons que le débat autour de cette loi à l'assemblée 
nationale n'a donné lieu à aucun combat sérieux de la part des élus de 
l'opposition, alors que, peu de temps auparavant ces élus se mobilisaient, à 
juste titre, pour entraver l'adoption de la loi sur les retraites. Nous 
avons ici une nouvelle preuve que nous devons préserver l'autonomie du 
mouvement : l'immigration est toujours secondaire ou simplement un sujet 
électoraliste pour la gauche.

Notre grève de la faim s'est donc déroulée dans un contexte sécuritaire, 
visant à intimider, et à faire peur aux militants progressistes d'une part, 
et à tétaniser les sans-papiers d'autre part.

c) Un mouvement national en difficulté

La troisième caractéristique du contexte de notre lutte est la situation de 
notre mouvement au niveau national.  Des facteurs de natures différentes 
expliquent notre difficulté à faire émerger une lutte nationale 
véritablement coordonnée d'une part et à inscrire les comités de sans 
papiers dans la durée d'autre part. Certains sont de nature objective : 
instabilité de la situation des sans-papiers (précarité de l'existence, 
dépendance matérielle vis à vis de certaines organisations, sorties 
partielles successives de l'ombre, mouvement de rotation faisant, à plus ou 
moins long terme, sortir les " régularisés " du mouvement, etc.). D'autres 
sont de nature subjective, c'est-à-dire liés à l'état de la conscientisation 
politique. En particulier les questions de la formation, de l'organisation 
démocratique des comités, de l'autonomie à l'égard des organisations 
antiracistes, de la place du travail juridique et de son articulation avec 
le combat politique, de l'autonomie sans sectarisme du mouvement, de la 
stratégie et des alliances, etc., nous semblent essentielles au regard de 
notre expérience locale et au sein de la coordination nationale.

Un réel bilan national d'étape serait nécessaire, mais tel n'est pas 
l'objectif de cette contribution. Nous soulignons ces aspects pour mettre en 
évidence que notre lutte s'est enclenchée à un moment où notre mouvement 
national était en difficulté. De nombreux comités ont disparu ou vivent une 
alternance de moments de luttes et d'autres d'inactions. Certains se 
maintiennent, mais avec une difficulté à mettre en œuvre des actions 
mobilisatrices et visibles. D'autres encore ont été " absorbés "  par le 
travail juridique et de présentation de dossiers, c'est-à-dire sont tombés 
dans le piège tendu par les préfectures. Des collectifs se replient sur 
eux-mêmes, s'isolant ainsi des autres. La coordination nationale est marquée 
pour sa part par un manque de cadres, par un fonctionnement irrégulier et 
par une insuffisance de coordination politique de l'ensemble du mouvement. 
Au départ de la lutte, nous ne pouvions donc pas compter sur des actions de 
soutiens massives sur le reste du territoire national. Notons toutefois que 
la coordination nationale a organisé durant notre grève de la faim deux 
descentes en bus (en s'endettant même) prenant ainsi en compte l'importance 
du combat, pour tout le mouvement, qui se jouait à Lille.

d) Un mouvement social inédit depuis 1995

Une autre caractéristique importante est le mouvement social qui a secoué la 
société française au printemps et à l'été 2003. Notre comité a, depuis de 
nombreuses années, décidé de participer aux autres mouvements sociaux de la 
société française pour plusieurs raisons. En premier lieu, parce que ce sont 
les mêmes politiques économiques qui ruinent les pays d'origines et les 
déstabilisent politiquement (créant ainsi le besoin de migrer), et qui 
détruisent, en France, les acquis arrachés par les combats sociaux 
antérieurs. En second lieu, parce que la répression du mouvement social est 
décidée par le même gouvernement qui réprime les sans-papiers. En troisième 
lieu, parce que les moments de lutte sont propices aux prises de conscience, 
et en particulier ils aident à faire le lien entre des questions qui sont 
idéologiquement présentées comme n'ayant aucune liaison entre elles. En 
dernier lieu, enfin parce que l'isolement des sans-papiers et de leur lutte 
est l'arme la plus efficace du gouvernement. Sans cet isolement la 
construction d'un rapport de force national serait déjà devenue une réalité.

C'est donc tout naturellement que nous avons participé aux dizaines de 
manifestations publiques et aux actions des différents secteurs en lutte : 
intermittents, enseignants, contre les poursuite à l'égard de José Bové, 
puis pour sa libération (sur Lille les sans papiers ont souvent été le gros 
des manifestants), contre la contre réforme des retraites, etc. Notre 
participation visible et importante à ces mobilisations nous a permis de 
tisser des liens, de partager des points de vue, de débattre, etc. 
Soulignons à cet égard que notre participation au mouvement social ne va pas 
de soi aux yeux de certains sans-papiers. Il a fallu pour cela mener le 
débat d'idées et combattre les idées erronées au sein du comité. Des 
sans-papiers estimaient, par exemple, que cette participation " politisait " 
  le mouvement et diminuait ainsi ses chances d'être entendu par la 
préfecture et le gouvernement. En revanche, la participation au mouvement 
social a eu un effet conscientisant pour les sans-papiers qui ont ainsi 
réinscrit leurs luttes dans le cadre de la solidarité et de l'unité entre 
tous les travailleurs.

e) La précarité matériel du comité

Une dernière caractéristique mérite d’être soulignée : l'absence de local. 
La possession de ce que nous avons appelé un " QG " de lutte est essentielle 
pour un mouvement qui s'inscrit dans la durée surtout dans les moments de 
radicalisation des combats. Depuis la décision scandaleuse de Martine Aubry, 
maire socialiste de Lille, de faire évacuer brutalement au petit matin par 
les forces de l'ordre notre local du CHR en 1999, nous étions à la rue. Cela 
nous avait contraint à faire des assemblées générales dans la rue, ce qui 
n'est pas le lieu idéal pour prendre certaines décisions, pour organiser 
certaines actions, pour mettre en œuvre certaines stratégies. Une telle 
situation avait d'ailleurs conduit à un fonctionnement de la commission 
juridique dans la rue à travers des " commissions juridiques géantes ", des 
rendez-vous dans la rue ou dans les voitures personnelles, etc. Nous savons 
aujourd'hui que la préfecture comptait beaucoup sur cette absence de " lieu 
de repli " pour faire échouer notre lutte. Signalons que c'est le 18 juin 
03, jour de sortie de la clandestinité des grévistes, que le local est 
obtenu.

2) La lutte et les stratégies de la préfecture

a) Autonomie et clandestinité

A la volonté du ministre de l'intérieur et du préfet du Nord de " mettre au 
pas " le CSP59, les sans-papiers ont répondu par une grève de la faim 
massive, la plus massive depuis le début du mouvement en 1996. Cette grève 
était un sujet de débat posé régulièrement par les sans papiers depuis de 
nombreux mois en assemblée générale et en bureau. La direction élue du 
mouvement avait, à plusieurs reprises, souligné les difficultés liées au 
contexte : absence de lieu pour organiser la grève, approche de la période 
estivale, mouvement social important risquant de rendre invisible notre 
action, etc. Ces débats ont permis de sensibiliser l'ensemble des 
sans-papiers à la nécessité d'une mobilisation intense pendant la grève de 
la faim, le succès de celle-ci ne dépendant pas seulement du courage des 
grévistes, mais aussi de la capacité des non grévistes et soutiens militants 
à occuper le terrain public et médiatique.

Nous étions confrontés, en outre, à un autre problème : le préfet ne nous 
laisserait pas nous installer à un endroit pour commencer notre grève. Nous 
ne pouvions pas compter non plus sur un accueil volontaire, dans un lieu 
privé (lieux de cultes, salle municipale ou associative, etc.). Sous 
prétexte de ne pas encourager ces " formes extrêmes de luttes ", de plus en 
plus d'associations, d'organisations, de syndicats et de partis, etc., se 
sont exprimés, ces dernières années,  contre l'idée de nous fournir le cadre 
matériel d'une grève de la faim. Il faudrait répondre à ce genre d'arguments 
mais tel n'est pas l'objet de ce texte. C'est cette difficulté qui nous a 
amené au choix d'une organisation difficile mais rendue incontournable : Une 
grève de la faim éclatée en petits groupes autonomes d'une part, clandestine 
pendant un mois d'autre part.

Cette forme inédite de lutte supposait un degré organisationnel important et 
une conscience politique également forte de la part des grévistes. Nous nous 
sommes appuyés sur le principe de l'autonomie. Les candidats sans papiers à 
la grève de la faim avaient à se regrouper en petits groupes (de trois à six 
personnes), à trouver eux-mêmes le lieu commun de leur installation, à 
s'appuyer sur un autre groupe de soutiens s'engageant à les accompagner 
pendant la phase clandestine de la grève. Bien entendu, la clandestinité 
totale n'a pu être obtenue. Si la préfecture a compris en cours de route 
notre stratégie, elle était dans l'impossibilité de retrouver les grévistes 
éparpillés sur l'ensemble du département et cloisonnés par le principe de la 
responsabilité autonome des groupes de grévistes. Globalement l'organisation 
clandestine fut un succès. Bien sur, quelques sans-papiers n'ont pas pu 
trouver de lieu pour participer à la grève. D'autres ont été découragés par 
l'isolement et le silence sur leur action et ont arrêté leur grève après 
quelques jours ou quelques semaines. D'autres encore ont cédé aux conseils 
de " réalisme " de parents ou d'amis. Malgré ces faits, 113 grévistes de la 
faim se sont présentés à l'hôpital le 18 juin.

La préfecture décida de réagir pour tuer dans l'oeuf cette lutte qu'elle 
savait massive. Les renseignements généraux avaient pu, en effet, prendre la 
mesure de la détermination des sans-papiers dans les assemblées générales. 
Elle décida pour intimider d'envoyer les forces de l'ordre dans les foyers 
d'hébergements et les CHRS au petit matin. L'objectif était double. D'une 
part, elle espérait trouver quelques grévistes de la faim, leur faire peur 
et les faire parler (sur les autres lieux de luttes et sur la direction du 
mouvement). D'autre part, elle visait à intimider les personnels des foyers 
d'hébergements pour qu'ils ne soutiennent pas le mouvement, et même si 
possible pour en faire des complices de la préfecture. Il s'agissait là 
d'une atteinte aux objectifs et principes des CHRS et foyers d'une part, 
d'un mépris vis-à-vis de la déontologie des travailleurs sociaux d'autre 
part. La réaction de ces personnels fut exactement inverse, plusieurs 
témoignages de soutiens nous sont parvenus.

Le succès de cette première phase clandestine de lutte permet de mettre en 
évidence quelques leçons et conclusions :

- La capacité des sans-papiers à s'organiser de manière autonome, à trouver 
des lieux qui ne soient pas leurs habitations habituelles, à s'entourer de " 
soutiens "  les accompagnant quotidiennement (approvisionnement en eau et en 
sucre, soutien psychologique, informations et liens avec la direction, etc.) 
montre que la grande majorité des sans-papiers est d'ors et déjà enracinée 
dans la vie sociale française, qu'elle y a des liens affectifs, familiaux et 
amicaux.

- Le succès de cette phase clandestine de lutte résulte de la préparation 
politique et idéologique durant les semaines et les mois qui ont précédé le 
début de la grève de la faim. De nombreux débats ont eu lieu au cours de 
cette phase précédente et ont permis de préparer à la lutte sur la base de 
la responsabilisation individuelle et collective. En particulier de 
nombreuses occupations ont marqué la période (certaines avec succès, 
d'autres avec échec), permettant ainsi de prendre conscience de l'importance 
de la discipline et du respect des consignes.

- Le scandale de l'intervention policière dans les foyer et CHRS souligne 
enfin que la question des sans-papiers concerne l-ensemble de la société 
française. A ne pas se mobiliser pour le droit à la vie des sans-papiers, ce 
sont les droits de tous les citoyens qui sont remis en cause, à terme. La 
dernière loi Sarkozy confirme que les attaques contre les sans-papiers 
conduisent à une remise en cause des droits démocratiques de tous (suspicion 
sur les couples et les  " paternités " de complaisance, pénalisation de la 
solidarité, etc.).

- Sans une autonomie complète du CSP59, une telle stratégie n'aurait pas pu 
être possible. Pour éviter que des débats " philosophiques " ou des 
préoccupations issues d'autres horizons que le seul objectif d'arracher les 
papiers, ne viennent perturber, entraver une lutte aussi radicale, 
l'autonomie est nécessaire. En effet, une fois que toutes les autres formes 
de luttes ont épuisé leur effet sans les résultats attendus, les sans 
papiers imposent leur volonté de mettre leur vie en danger pour avoir le 
droit à une vie digne, alors le CSP59 dans son ensemble se mobilise comme un 
seul homme pour faire aboutir le combat. C'est sur la base de cette 
autonomie des premiers concernés, que peut ensuite se mettre en place le 
débat avec les autres forces syndicales, religieuses, politiques et 
associatives.

b) Le bras de fer quotidien avec la préfecture

Le 18 juin, les grévistes de la faim se présentent aux urgences du CHR de 
Lille pour subir un examen médical et rendre publique leur combat. Ils sont 
déjà au trentième jour de grève de la faim, c'est-à-dire pour certains dans 
un état déjà considérablement affaibli. De cette date au 14 juillet, moment 
où sera conclu un accord avec la préfecture, un bras de fer quotidien se 
déroule avec le préfet qui n'hésitera pas à mettre en danger la vie des 
grévistes pour parvenir à ses fins : arrêter la grève de la faim et 
discréditer le CSP 59. Relatons les principales étapes de ces manoeuvres 
scandaleuses de la préfecture.

- Des grévistes de la faim à la rue : Le premier objectif de la préfecture 
est d'empêcher que les grévistes de la faim se regroupent. Il compte ainsi 
casser le moral des grévistes, renvoyer chacun chez soi et ainsi gagner du 
temps pour tenter des manoeuvres d'approches individuelles. Deux tentatives 
d'installation de tentes sur deux terrains municipaux se concluent par des 
évacuations musclées. Après renseignement pris auprès des services 
municipaux, il s'avère qu'aucune demande d'évacuation n'a été formulée par 
la municipalité. Il s'agit donc d'une décision de la préfecture. Celleci 
prend donc la responsabilité de contraindre des grévistes de la faim à 
s'épuiser dans une " longue marche lilloise ". Les évacuations se déroulent, 
en outre, avec un déploiement de forces impressionnant avec des CRS casqués 
et munis de " flashballs ". Certains des camions des CRS sont munis 
d'immenses grilles. Cette démonstration est choquante et inutile. Elle n'a 
qu'un objectif : faire peur aux grévistes de la faim. Plusieurs des 
riverains de ces terrains municipaux viendront nous faire part de leur 
indignation et de leur soutien. Après la seconde évacuation nous reprenons 
notre marche et allons nous installer, le 19 juin, au sein de la " maison 
des travailleurs " : la Bourse du Travail. Malgré les pressions de la 
préfecture, les syndicats déclareront que nous sommes leurs " hôtes " 
empêchant ainsi une nouvelle évacuation.

- Diviser les grévistes de la faim : Dès notre installation à la Bourse du 
travail, la bataille de la presse commence. Elle ne cessera pas jusqu'à 
l'accord du 14 juillet. Le préfet annonce ainsi la régularisation de 3 
grévistes de manière entièrement arbitraire. Il rend également visite à la 
Bourse du Travail aux grévistes de la faim. Le discours qu'il tient est 
révélateur du fait que le préfet vise à la division du mouvement. Il est 
construit autour de trois affirmations : il reconnaît la légitimité des 
revendications et le courage des grévistes; il ne peut pas régulariser tout 
le monde, car il est contraint par la loi; Il s'engage à étudier de manière 
" bienveillante " les dossiers des grévistes. Par ailleurs, il refuse 
ostensiblement tout contact avec la direction du CSP59 qu'il estime " 
irresponsable " et " manipulatrice ". Enfin, il encourage chacun des 
grévistes à " venir le voir ", en préfecture, pour ré-étudier son dossier. 
La réponse à ces manoeuvres est donnée sur place par les grévistes et 
confirmée par l'assemblée générale du même jour qui donne une fin de non 
recevoir au préfet. Non seulement la lutte continue mais les trois 
régularisés continuent leur jeûne en signe de solidarité avec leurs 
camarades. C'est une nouvelle défaite pour le préfet. Pour le CSP59 cette 
épreuve a permis de tester l'unité et la détermination des grévistes.

- Fausse ouverture et provocations : Devant ce nouvel échec, le préfet tente 
de convaincre la presse et l'opinion publique que sa seule préoccupation est 
l'état de santé des grévistes qui, effectivement, se dégrade de jour en 
jour. Il vise ainsi à renvoyer la responsabilité de la situation alarmante à 
la direction du CSP59, qu'il accuse de manipuler les grévistes. Dans le même 
temps il fait parvenir un fax au CSP59 lui indiquant sa disponibilité à le 
recevoir pour ré-étudier les dossiers des grévistes de la faim. Pour la 
première fois depuis janvier 2003, le préfet est contraint de prendre pour 
interlocuteur le CSP59 et sa direction, alors même qu'il avait clamé haut et 
fort qu'il ne discuterait qu'avec des associations " responsables ". Au 
moment même où se déroule la première rencontre entre le CSP59 et les 
services de la préfecture, une " évacuation sanitaire " est ordonnée pour " 
faire savoir aux grévistes de la faim que les services du CHRU de Lille et 
des sapeurs-pompiers sont à leur totale disposition ". Le préfet espérait en 
réalité n'évacuer que les grévistes les plus atteints et/ou les plus 
déterminés (ceux ayant pris une fonction de leaders dans la lutte) afin de 
les isoler. Sur place le refus par le CSP59 d'un tel tri, amena l'évacuation 
de l'ensemble des grévistes dans les différents hôpitaux du département. Une 
nouvelle phase de la lutte commençait : la grève de la faim dans les 
hôpitaux. Une nouvelle fois la préparation des grévistes et des soutiens à 
cette hypothèse a été essentielle. De nombreux débats dans les assemblées 
générales quotidiennes avaient préparé chacun des grévistes à la poursuite 
de sa lutte dans le cadre hospitalier, et chacun des soutiens, au travail de 
contacts et de mobilisations intenses, qu'exigeait la nouvelle situation.

- Pratiques hospitalières scandaleuses et résistance des grévistes : 
L'hospitalisation des grévistes fut le moment le plus difficile de la lutte 
mais également celui qui consolida le plus la détermination des lutteurs et 
l'unité du mouvement. Les directeurs des hôpitaux (à l'exception de 
l'hôpital d'Armentières) ont imposés à leurs personnels des pratiques 
contradictoires avec l'éthique médicale, le serment d'Hippocrate et la 
charte du doit des patients (que chacun des grévistes avait en poche). Les 
pressions furent nombreuses et tout aussi scandaleuses les unes que les 
autres : chantage à la peur et à la mort pour pousser à la réalimentation, 
provocation psychologique en laissant ostensiblement des plateaux repas 
devant des grévistes refusant de se réalimenter, refus du droit de visite et 
isolement des grévistes ( même les familles n'étaient pas autorisées à 
rendre des visites), nuits passées sur des brancards ou à terre sur des 
couvertures dans un couloir, expulsions des hôpitaux avec des " bulletins de 
sortie "  bizarres stipulant un " refus de soin ", etc. Il était clair que 
la préfecture jouait la stratégie de la terreur pour faire céder certains 
grévistes.

Devant l'échec de ces pratiques, les dénonciations dans la presse et le 
courage des grévistes, l'ensemble de ceux-ci fut expulsé de manières 
humiliantes des hôpitaux. Des services de police entrèrent ainsi dans 
l'enceinte hospitalière pour emmener sans ménagement des femmes et des 
hommes affaiblis (et certains déjà en danger mortel) et les déposer devant 
des bouches de métro ou sur des terrains vagues parfois dans des crottes de 
chiens. Ce fut un nouvel échec pour la préfecture. L'assemblée générale 
décida d'écrire une lettre ouverte à l'ordre des médecins pour dénoncer ces 
pratiques et de convoquer une conférence de presse pour que chacun des 
hospitalisés puisse raconter ce qu'il avait vécu au cours de 
l'hospitalisation. Il fut également décidé de refuser la visite des médecins 
envoyés par la préfecture et de n'accepter que ceux demandés et appelés par 
le CSP59. Signalons à nouveau l'exemplaire comportement de l'équipe médicale 
de l'hôpital d'Armentières.

c) Les menaces contre la direction

La dernière arme que brandit la préfecture contre notre lutte fut la menace 
envers la direction du mouvement. Ainsi, lors d'une des rencontres avec le 
CSP59, les services de la préfecture nous résumèrent de façon explicite la 
position du préfet : " il déclarait ne pas souhaiter de morts; il nous 
avertissait que  si cela arrivait quand même des poursuites seraient 
engagées contre la direction du mouvement, qu'il considérait comme 
responsable ; il nous informait disposer  d'éléments d'informations 
permettant une inculpation ". L'objectif cette fois-ci était de faire peur, 
non plus aux grévistes de la faim mais au mouvement de solidarité et à la 
direction du CSP59. Comme à notre habitude ce fut une de nos assemblées 
générales quotidiennes qui analysa ce nouvel élément de la lutte et qui 
décida de la réponse. Une déclaration publique signée par chacun des 
grévistes de la faim fut rendue publique indiquant que chacun avait pris 
seul et en toute indépendance la grave décision de se lancer dans ce type 
désespéré d'action. Cette déclaration renvoyait également la responsabilité 
des conséquences éventuelles de la grève à la préfecture, du fait d'une " 
non assistance à personne en danger ". A cette période, en effet, plusieurs 
de nos camarades sont dans une situation critique, des arrêts cardiaques ont 
parfois eu lieu, certains ont des paralysies partielles, et les médecins 
laissent ouverte la possibilité de séquelles pour les plus touchés.

Quelques conclusions

La grève de la faim 2003 a été éprouvante et la préfecture a tout tenté pour 
nous faire céder. Ce n'est qu'après l’échec des différentes tactiques 
ci-dessus décrites que le préfet a enfin accepté la négociation, enclenchée 
réellement le 14 juillet et close également le même jour. Tentons de mettre 
en évidence quelques éléments d'organisations de la lutte qui ont permis de 
tenir face à la préfecture :

- Des assemblées générales quotidiennes : Chaque soir l'assemblée générale 
réunissant grévistes, direction et soutiens se tenait avec un triple 
objectif : le point sur l'état de santé des grévistes, l'analyse de la 
situation, la prise de décision. A chaque fois que la décision en question 
avait une incidence directe sur le déroulement de la grève de la faim, les 
grévistes étaient seuls amenés à prendre cette décision. Si direction et 
soutiens peuvent participer aux débats, seuls les grévistes sont habilités à 
décider de l'arrêt ou de la poursuite de leur " jeûne ". Cette règle à 
laquelle nous n'avons jamais dérogé a consolidé notre mouvement à plusieurs 
égards. En premier lieu, parce que ces assemblées générales ont été un lieu 
extraordinaire d'éducation mutuelle et de conscientisation. En second lieu, 
par ce que le fait que les assemblées soient ouvertes permettait à chacun de 
se rendre compte qu'il n'y avait aucune manipulation. En dernier lieu, parce 
cela renforçait la détermination des grévistes en mettant en évidence un 
accompagnement méthodique de leur grève. Chaque tract ou déclaration fut 
approuvé par l'assemblée permettant ainsi à chacun de suivre quotidiennement 
l'évolution des positions de la préfecture et du rapport des forces. Chaque 
message de soutien fut lu permettant ainsi à chacun de suivre la solidarité 
en construction autour de la  lutte.

- La bataille de l'opinion publique : Mener une grève de la faim ne se 
résume pas à " se coucher ", pour reprendre une expression utilisée dans nos 
assemblées. Cette vision passive de la grève de la faim mène à l'échec et/ou 
à la mort. Tout au long de notre lutte, nous avons insisté sur le fait que 
nous étions dans " un combat pour la vie ". Le travail de mobilisation de 
l'opinion publique autour de la lutte est ainsi aussi important que la grève 
de la faim elle-même. Les tâches à ce niveau sont immenses : organisations 
de manifestations de rues régulières; démarchages des associations, 
syndicats, personnalités et partis démocratiques pour qu'ils apportent leurs 
soutiens matériels et politique et qu'ils rendent visite aux grévistes; 
animation du site de la grève de la faim par des activités artistiques et/ou 
de débats; conférences de presses et suivi du contact individualisé avec les 
journalistes; communiqués quotidiens faisant le point sur la situation; 
réponse systématique à tout acte de la préfecture, organisation de la 
solidarité financière.

- Une grève de la faim coûte cher : 14.916 litres d'eau, 4972 kg de sucre, 
du thé, de la menthe, tirage et diffusion de 56.000 tracts, 4131 visites aux 
grévistes, 27 assemblées générales avec en moyenne une participation de 170 
personnes par jour, ce qui fait un total de 4590 participants, 48 passages 
de médecins à l'initiative du CSP59 entre le 22 juin et le 16 juillet 03, 
date de l'arrêt des derniers grévistes, entre 500 et 1000 manifestants aux 
principaux rendez vous, plus de 1000 participants à la manifestation de 
remerciement aux syndicats pour l'accueil et de sortie de la Bourse du 
Travail, etc. Les dépenses en argent sont de l'ordre de 13.949 euros sans 
compter les dons en nature.

- La transparence dans nos rapports avec la préfecture : Au cours d'une 
grève longue comme la notre, des contacts directs ou indirects avec la 
préfecture sont inévitables à un moment ou à un autre. L'ensemble des 
éléments d'informations sont mis à la disposition de l'assemblée générale, 
éléments indispensables à une prise de décision en toute connaissance de 
cause. Cette transparence est, au vu de ces années de luttes dures, le seul 
moyen de déjouer les pièges tendus, de mettre fin aux rumeurs ayant des 
objectifs de division, de donner notre analyse sur les tactiques 
préfectorales ou sur le positionnement d'autres acteurs (associations, 
syndicats, cultes, etc.) et d'organiser la démocratie directe en toute 
connaissance de cause. La stratégie des négociations secrètes ne mène à rien 
et ne peut que déboucher sur une division du collectif de lutte.

- Le maintien du lien avec les grévistes : Dans la phase de tentative 
d'isolement des grévistes au sein des hôpitaux, il est essentiel de mener le 
combat pour maintenir le lien. Cela suppose d'une part de l'anticipation, 
c'est-à-dire la préparation des grévistes et des soutiens à cette phase 
particulièrement difficile de la lutte. En particulier, nous avons beaucoup 
insisté au cours des assemblées générales sur le fait que l'hôpital restait 
un lieu de lutte dans le respect de son fonctionnement normal : pour obtenir 
de meilleures conditions, pour imposer le droit aux visites, pour s'allier 
avec le personnel hospitalier qui était contraint de poser des actes 
contraires à leur déontologie, etc. Cela suppose d'autre part, 
l'organisation d'un véritable siège des hôpitaux pour imposer le droit de 
visite et pour informer précisément l'opinion publique de ce qui se passe 
dans les hôpitaux. Chacun des grévistes était au courant de ses droits et en 
possession de la charte des droits du malade. A chaque hospitalisation, le 
gréviste emmenait avec lui les tracts et déclarations du CSP59 afin de les 
diffuser auprès du personnel soignant. Pour un nombre aussi important de 
grévistes ce  " siège des hôpitaux " a demandé beaucoup d'énergie.

- Un nombre important de militants : La grève de la faim est un moment d'une 
lutte plus globale. Elle ne peut être victorieuse que si elle a été 
antérieurement préparée. Nous l'avons souligné auparavant, les tâches sont 
multiples et supposent la présence quotidienne d'un nombre important de 
militants. C'est la mobilisation permanente du CSP59 dans les mois qui ont 
précédé la grève de la faim, les actions de sensibilisation dans les 
églises, sur les facs, qui ont permis de disposer des moyens humains pour 
mener cette lutte à terme.

- L'unité du mouvement : L'unité du mouvement est un autre facteur clef de 
réussite. Les tentatives de divisions n'ont pas manqué et ne manquent jamais 
dans ce type de lutte. Elles sont diverses : division entre grévistes en 
manipulant des personnes faibles ou des clivages ethniques et/ou politiques; 
division entre les grévistes et la direction en faisant courir toutes sortes 
de rumeurs; division entre la " commission juridique " et la direction du 
mouvement en tentant de jouer l'une contre l'autre; division avec les 
mouvements et organisations de solidarités en tentant de les 
instrumentaliser comme interlocuteurs et en invalidant la direction choisie 
par les grévistes eux-mêmes. Répondre à ces dangers de divisions, c'est 
poser clairement la question du mandat de la direction avant même le 
déclenchement de la grève. Ce n'est, en effet pas en pleine bataille que 
peut se débattre une telle question. Pour ce qui nous concerne le mandat 
était clair dés le début de l'action : la direction élue était la seule 
habilitée à négocier avec la préfecture. Elle était, en outre mandatée pour 
prendre les décisions urgentes qui s'imposaient. Elle devait en revanche 
valider ces décisions en assemblées générales. Mais c'est aussi développer 
un partenariat loyal, franc et exigeant avec toutes les forces impliquées à 
divers niveau dans le combat.

- L'organisation de la solidarité : Outre les stratégies d'isolement de la 
préfecture, nous avons aussi à tenir compte des facteurs psychologiques qui 
ont un poids grandissant au fur et à mesure que les jours se cumulent. En 
particulier nous avons à combattre le " sentiment d'isolement " ou " la 
désespérance morbide " que peuvent ressentir les grévistes, et les attitudes 
défaitistes et parfois suicidaires qu'ils peuvent susciter. Il est donc 
d'une grande importance d'organiser la solidarité, d'inciter à rendre visite 
aux grévistes, de donner lecture des messages de solidarités, d'afficher les 
articles de presses, de donner à chaque fois des perspectives concrètes, 
etc. Le lien avec les autres comités de sans-papiers et les soutiens est ici 
essentiel. En ce qui concerne notre grève de la faim, la participation de la 
coordination nationale des sans-papiers à deux manifestations publiques à 
Lille, a eu un effet important sur le moral des grévistes, ainsi que les 
visites programmées de personnalités et des organisations de soutiens.

3) Les leçons d'une lutte :

A l'issue de cette dure épreuve, nous pouvons tenter de poser quelques 
leçons et orientations pour l'ensemble du mouvement des sans-papiers. Il ne 
s'agit pas ici de nous poser en exemple mais d'apporter une contribution à 
un mouvement national plus que jamais indispensable.

- La lutte élimine les réactions individuelles : Les caractéristiques 
objectives des sans-papiers (l'instabilité en particulier) rend difficile 
l'organisation d'un mouvement durable. Une des leçons de notre expérience 
est que seule la lutte permet d'éviter la multiplication des logiques 
individualistes et la tendance au " clientélisme ". C'est dire le danger de 
cantonner le travail des comités de sans-papiers au seul travail juridique 
et au travail de préparation des dossiers à soumettre aux services de la 
préfecture. C'est dans la lutte et ses épreuves que se construit la 
solidarité qui permet de dépasser l'individualisme. Les comités de 
sans-papiers ont donc d'abord une nature politique (centrée sur la 
revendication de régularisation globale) et c'est au service de cette 
revendication centrale, qu'est articulé le travail juridique. Cela ne 
diminue pas l'importance du travail juridique mais l'articule à la raison 
d'être de notre mouvement.

- L'importance des débats et de la formation : Notre lutte a bénéficié des 
acquis des débats et formations antérieures à son déclenchement. Le CSP59 a 
toujours mis en avant l'importance de la formation des militants et en 
particulier des membres du bureau. Des séminaires sont ainsi organisés 
depuis plusieurs années permettant de combattre à temps les dérives pouvant 
diviser la lutte (clientélisme, apolitisme, juridisme, localisme,  
individualisme, ethnisme ou clanisme). Ils permettent également aux membres 
du bureau de réinscrire leur combat dans un cadre plus large. Ils sont 
également un excellent outil de transmission de l'expérience antérieure. La 
dernière grève de la faim a mis en évidence que les débats antérieurs et les 
séminaires avaient permis la constitution d'un noyau dynamique et déterminé, 
tant au sein des grévistes que des autres sans-papiers. Sans doute devons 
nous aujourd'hui pousser ces formations à un nouveau seuil qualitatif. 
L'organisation d'une formation conscientisation, au niveau national, devrait 
permettre également de diminuer le développement inégal des comités qui nuit 
à l'émergence d'un mouvement national puissant.

- Construire des alliances durables : Notre lutte a bénéficié d'un soutien 
sans précédent sur Lille de personnes issues des différents secteurs du 
mouvement social. Notre participation active aux manifestations publiques 
des enseignants, des intermittents, de la confédération paysanne, etc., a 
sensibilisé de nombreux militants progressistes à notre lutte. Surtout le 
lien avec ces militants a changé. Notre contribution au mouvement social a 
permis à ces militants de faire des liens entre les luttes sociales, y 
compris la notre. Dés lors ce n'est pas une " solidarité " extérieure que 
nous avons vécue au cours de notre grève, mais une participation quotidienne 
à toutes les tâches de notre combat. Nous devons cependant aller plus loin 
dans cette direction, c'est-à-dire tisser une alliance durable avec ces 
différents mouvements sociaux. Nous devons passer d'une alliance 
conjoncturelle dans l'urgence à une alliance structurelle et durable basée 
sur la conscience de la similitude de nos intérêts. N'oublions pas que 
l'objectif n'est pas pour nous la victoire d'une grève de la faim, mais la 
régularisation de tous les sans-papiers. Pour cela un mouvement d'ampleur 
nationale sera nécessaire. Il ne pourra voir le jour que si les alliances se 
consolident sur la base de l'unité objective des intérêts. Sans papiers, 
intermittents, petits paysans, salariés, enseignants, etc., sont tous 
confrontés aux effets de la mondialisation capitaliste. C'est sur cette base 
que doit, selon nous, se construirent les alliances, lesquelles doivent 
intégrer les associations, syndicats et politiques. Il s'agit bien de 
convergences et d'appui réciproque et non de fusion. Il s'agit bien 
d'intégrer les sans papiers comme composante à part entière du mouvement 
social.

- Préserver, consolider, construire l'autonomie des sans-papiers : Une des 
raisons de la réussite de notre lutte est l'autonomie de notre comité et des 
sans-papiers. Une des leçons de notre lutte est la nécessité de consolider 
cette autonomie là où elle existe et de la construire là où elle n'existe 
pas encore. Pour ce faire, nous préconisons un " tour de France 
organisationnel " permettant de réaliser un bilan de l'état du mouvement 
(quantitatif et qualitatif) et de développer la conscience de l'importance 
de l'autonomie politique et organisationnelle. Ce périple pourrait être 
complété par la  " formation nationale " des cadres de la Coordination 
Nationale dont nous avons fait mention plus haut. L'autonomie sans 
sectarisme permet de combiner à la fois l'action propre des sans papiers et 
l'unité d'action de l'ensemble des mouvements sociaux et des organisations 
démocratiques dans le but de créer le rapport de forces nécessaires à la 
régularisation globale.

- Renforcer la direction nationale du mouvement : Notre lutte a mis en 
évidence l'importance du soutien de l'échelon national. Une réflexion de 
fond doit, selon nous, être mise en place sur les raisons de nos difficultés 
nationales (hétérogénéité des formes organisationnelles, divergence 
explicite ou implicite sur la question de l'autonomie ou sur l'articulation 
politique/ juridique, insuffisance de formation des cadres, etc.). Le 
mouvement des sans-papiers est inévitablement d'essence nationale compte 
tenu de notre mot d'ordre central. Toutes les luttes locales et toutes les 
combats partiels contre les préfectures doivent être considérés comme des 
moments de la construction d'un rapport de force national. Sans cela, nos 
victoires partielles risquent de cantonner le mouvement dans le " cas par 
cas " ou des régularisations globales partielles et/ou parcellaires imposés 
par le rapport actuel des forces. Pour ce faire nous devons trouver les 
voies et moyens de renforcer notre coordination nationale et de travailler à 
la construction d'une mobilisation massive de nos alliés.

- La bataille pour le local : Depuis plusieurs années le CSP59 mène un 
combat pour l'obtention d'un local permettant d'organiser sa lutte et 
d'assurer la visibilité du mouvement. Nous emménageons en septembre dans un 
nouveau local autonome. Cette nouvelle victoire du CSP59 n'est pas que 
matérielle. Au cours de la bataille pour le local, les forces politiques, 
syndicales, religieuses ont été amenées à se positionner et à reconnaître 
ainsi le caractère structurel et la légitimité de notre mouvement. Nous 
pensons que la bataille pour un local est un des éléments à généraliser à 
l'ensemble des comités afin d'assurer un ancrage et une visibilité de notre 
lutte.

- Vers la republication d'un journal national : Compte tenu de l'inscription 
dans la durée de notre mouvement, il convient de nous pencher sur 
l'élaboration d'un journal national des sans-papiers. Cette parution, à une 
régularité à définir, doit redevenir l'outil essentiel de construction du 
mouvement. Elle ne peut être, pour cette raison, que le fait de la 
coordination nationale. Les conditions d'une telle parution ne sont pas 
aujourd'hui réunies et il ne sert à rien de se précipiter. Par contre une 
véritable réflexion doit être entamée sur les modalités permettant de réunir 
les conditions nécessaires.

Conclusion

Cette analyse a pour seul objectif de contribuer à l'émergence du rapport de 
forces national nécessaire pour faire avancer notre mot d'ordre de 
régularisation globale. Nous sommes conscients que malgré les acquis du 
CSP59, l'éparpillement et l'isolement peuvent transformer en pièges 
destructeurs la dynamique politique globale que nous tentons d'impulser. 
Ainsi, malgré l'expérience périlleuse et dure, déjà certains sans papiers du 
Nord parlent d'une nouvelle grève de la faim. En effet, certains sans 
papiers poussent notre comité à ne devenir qu'un simple moyen de pression 
sur la préfecture du Nord. C'est là un repli sur soi même, un localisme qui 
oublie que notre perspective n'est pas uniquement d'arracher tel ou tel 
nombre de régularisations, mais d'obtenir justice : c'est-à-dire la 
régularisation de tous les sans papiers.

Pour ce faire, nous avons besoin d'accroître la conscience politique des 
sans papiers, l'efficacité de la direction nationale et l'organisation 
autonome des CSP. Nous devons travailler à mettre à la portée de tous les 
collectifs le capital d'expérience de l'ensemble du mouvement depuis 8 ans. 
Nous devons développer l'autonomie de décision et forger la combinaison du 
travail politique et juridique (existence d'une commission juridique propre 
au CSP soumise à l'assemblée générale). C'est cette voie qui développera la 
capacité des collectifs et celle de la Coordination Nationale des Sans 
Papiers, à travailler à l'émergence d'un vaste mouvement national pour la 
régularisation globale des sans papiers. Notons que, la lutte sociale pour 
défendre le droit à la retraite et celle à venir pour le maintien de la 
protection sociale sont autant d'occasions d'élargir, par la jonction, les 
différentes luttes sociales spécifiques.

A ce propos, nous devons puiser dans l'expérience des convergences avec la 
lutte des chômeurs en 1997/98, tant à Marseille que dans le Nord pas de 
Calais (Arras). C'est la perspective pour construire le rapport de forces 
nécessaire pour arrêter la machine infernale du massacre social activée par 
le gouvernement Chirac/Raffarin/Sarkozy (CRS). Les alliés des sans papiers 
ont été jusqu'ici les associations, les syndicats et/ou les organisations 
politiques. Il s'agit maintenant d'élargir, d'unir sans les fusionner toutes 
les luttes du mouvement social. L'expérience lilloise, durant la grève de la 
faim 2003, mérite d'être étudiée par tous, à travers ses éléments de force, 
mais aussi de faiblesse, pour servir à l'ensemble de la résistance sociale, 
ouvrière et populaire. Le CSP59 espère ouvrir le débat à travers ce bilan 
d'étape et attend les réflexions des uns et des autres.

Fait le 01 septembre 03

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ZPAJOL liste sur les mouvements de sans papiers

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